Le philosophe grec cynique Diogène portait une lanterne en plein jour à la recherche d’un homme honnête. Il l’a pas fait parce qu’il était dérangé ou un personnage étrange, mais essentiellement parce qu’il était seul. C’était une invitation subtile à voir autrement – à la lumière de la conscience, de la beauté…

Regardez bien. La nature a toujours eu un langage de célébration secret: le langage de la beauté. La beauté existe à tout moment et partout. À travers son objectif, le monde se révèle ne pas être une réalité externe séparée, mais un cadeau des plus précieux. Chaque moment de beauté est un aperçu de la conscience qui représente une invitation sacrée à la reconnaissance et à la célébration.

Voyez ce qui est dans l’oeil et le coeur de celui qui regarde

Le sens de la beauté dans la spiritualité est en soi une auto-réflexion. Le refrain «La beauté est dans l’oeil de celui qui regarde» ne se réfère pas seulement à la subjectivité des perceptions. Cela signifie que la perception de la beauté est un acte pleinement conscient, qui nécessite un organe de perception approprié. Cet organe est un coeur ouvert.

Avec cette compréhension, vous ne restez plus simplement un observateur passif de ce que vous considérez comme «beau», mais vous commencerez à recréer le monde, à découvrir sa nature nirvanique. Du cœur, vous projetez votre sens inhérent de la beauté sur le monde. De cette façon, vous reconnaissez la beauté immanente de votre être, une beauté qui s’exprime finalement à travers toutes vos actions.

Le créateur anonyme parfait

La création artistique parfaite doit être si archétypale, si transparente et si transpersonnelle, qu’elle ressemble à une œuvre d’art anonyme, l’artiste ne faisant plus qu’un avec sa création. De la même manière, le Créateur de tous ces mondes semble anonyme et majestueux. Mais le fait que le Créateur soit anonyme ne signifie pas qu’il n’existe pas…

Dans le mystère de la beauté, le caractère sacré de la matière (qui semble être une condition extérieure) et la perfection de l’âme (la condition intérieure) sont révélés. C’est à la fois une sensation primordiale et une inspiration libérée de l’esprit rationnel.

«Lorsque vous et l’objet devenez un, lorsque vous avez plongé suffisamment profondément dans l’objet pour y voir quelque chose qui ressemble à une lumière cachée, votre poésie surgit d’elle-même», a déclaré le grand maître et artiste zen Matsuo Basho.

L’éternité se/vous regarde

La beauté est à la fois la cause et la conséquence de votre reconnexion au Cœur. Lorsque vous surmontez les voiles de la peur et les projections déformantes de l’ego, la lumière intérieure illumine votre âme en tant que Beauté. Avec émerveillement, votre souffle est retenu. Vous arrêtez les rythmes de la temporalité lorsque l’aura de la Beauté rayonne l’éternité. Comme l’écrit Kahlil Gibran: «La beauté, c’est l’éternité qui se regarde dans un miroir. Mais vous êtes l’éternité et vous êtes le miroir. « 

Transfiguration – voir la réalité

La transfiguration n’est pas une projection imaginaire sur les autres, mais la vraie façon de voir…

La beauté vous met en contact avec quelque chose de plus que vous-même – le transcendant. «Mon cœur s’est transformé en cire; il a fondu en moi. ”(Psaume 22:14)

Le corps et formes atteignent une condition supérieure et deviennent impliqués dans un acte noble. Ce processus est complété par la descente de la lumière de l’esprit à travers les veines afin de vous montrer comment vous appartenez organiquement à la Beauté. Les yogis ont appelé cela sama rasa «même essence» ou «un goût».

L’Univers n’est pas obligé d’être beau, et pourtant il l’est et c’est un mystère en soi. La beauté essentielle est au-delà des mots; la seule raison de parler de beauté serait de pointer vers cet émerveillement intérieur, une condition transfigurante qui vous transforme. «La beauté peut sauver le monde», a déclaré Dostoïevski. Aspirons à partager le credo de cet artiste: «L’humanité peut vivre sans science, sans pain, mais sans beauté, elle ne pourrait plus vivre, car il n’y aurait plus rien à faire dans le monde! Tout le mystère est là, toute l’histoire est là!»

Comment pouvez-vous honorer la beauté que révèle la nature? Rumi offre un indice: «Laissons la beauté que nous aimons être ce que nous faisons. Il y a des centaines de façons de s’agenouiller et de baiser le sol.»

C’est en apprenant à voir la beauté, à regarder la beauté, qui vous rend pleinement humain, pleinement vivant, pleinement ce que vous êtes censé être…

Oeil et vision de Dieu

Œil et vision de Dieu

En contemplant la beauté, vous apprendrez à voir dans et à partir de l’Œil de Dieu, l’Œil du cœur.

Pourquoi chercher la beauté? Parce qu’en cherchant la beauté, on se cherche soi-même. Quoi que vous fassiez, souhaitiez, viviez ou pensiez à travers la beauté, vous vous tournez finalement vers vous-même. Cela peut arriver avec la force extatique d’une tempête, avec une grande confiance, avec une simplicité ou une sophistication, avec la grâce ou le désespoir, avec un plaisir ou une hésitation… Mais, finalement, ça arrive, et rien ne vous arrêtera. La beauté est le regard de Dieu sur sa création. Cela signifie simplement que la beauté est une étreinte pleinement consciente de la vie. Comme le disait M. Eckhart: «L’œil dans lequel je vois Dieu est l’œil même dans lequel Dieu me voit : mon œil et l’œil de Dieu ne sont qu’un œil, et une vision, une connaissance et un amour.»

L’âme ne peut voir la beauté sans devenir elle-même belle. La Beauté originelle et transcendantale est la source inépuisable de la beauté partielle du monde visible et formel. L’aspiration au Divin s’exprime sous de nombreuses formes, dont Eros (l’amour).

Le passage des formes à l’Être

Confucius a déclaré: « Tout a sa beauté, mais tout le monde ne le voit pas. » À première vue, l’Univers semble n’être habité que par une multitude de formes. Mais, en réalité, ce ne sont pas que des formes qui donnent un sens à la vie. Tout le monde est beau quand il est présent. Si la présence n’est pas simplement réduite à une forme ou à un «autre», elle révèle la beauté de l’unicité et de la transcendance.

Splendeur en tant que pouvoir suprême

Saint Thomas d’Aquin a dit: “La beauté est la splendeur de la vérité” (veritatis splendor). Le sens du sacré découle non seulement de la recherche de la vérité (considérée comme une valeur morale), mais également de la découverte de sa beauté, la beauté de l’existence, c’est-à-dire une chose dont la splendeur énigmatique sidère, émerveille et submerge.

La beauté est le pouvoir fascinant qui apporte la perfection. Dans la tradition tantrique hindoue, il est célébré sous le nom de Tripura Sundari (Grande Sagesse) Maha Vidya.

Sat Chit Ananda

La beauté dans la spiritualité est la vie, elle est sat (Existence) dans sa plus pure expression. Parce qu’elle transcende l’esprit et le monde des dualités, c’est à la fois impulsion et silence, tremblement et repos, recherche et récupération, la brise légère et la féroce tempête. Dans son essence, la beauté est sans limite, puisqu’elle rayonne de la part de la conscience pure du cœur. C’est une source de bonheur parce que l’ananda (suprême bonheur) est sa nature secrète.

La beauté comme forme cache l’ineffable, mais la beauté comme essence le révèle. Quel est son voile? Une fascination et une crainte constantes devant la perfection absolue.

Dans la tradition hindoue, l’Ultime était souvent considéré comme une trinité mystique: Satyam (vérité), Shivam (le bien, le divin) et Sundaram (beauté).

La beauté est un appel éternel

«Bien tard je t’ai aimée,
ô Beauté si ancienne et si nouvelle,
bien tard je t’ai aimée !
Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors
et c’est là que je te cherchais,
et sur la grâce de ces choses que tu as faites,
pauvre disgracié, je me ruais !
Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ;
elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant,
si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas !

Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;
tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi ;
j’ai goûté, et j’ai faim et j’ai soif ;
tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix.»

– St. Augustin d’Hippone

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